Gueule de bois avant le réveillon pour les STN

En cette soirée où nom­bre d’entre nous sont en train de se retrou­ver en famille pour faire la fête, cer­tains ne peu­vent pas faire de pro­jets avec leurs enfants, ou sont séparés d’eux pour une rai­son pure­ment admin­is­tra­tive depuis de très longues années. L’été dernier, tous s’étaient enten­dus, même au plus haut niveau de l’état, pour admet­tre que cette sit­u­a­tion n’était plus ten­able. Hélas, les promesses sem­blent être des choses bien légères pour cer­tains. Pour­tant, ces hommes là ont eu pour la plu­part leur vie brisée, faute d’un tout petit papier. C’est à eux que je pense en cette soirée du 24 décem­bre en repro­duisant l’article que j’ai pub­lié ce matin sur MonAulnay.com:

Fin d’année maus­sade pour les anciens grévistes STN

1er octo­bre 2010: Dernier jour d’occupation du bar­num devant STN où les tra­vailleurs exhibent leur pre­miers récépissé admin­is­trat­ifs, l’espoir d’une vie nor­male.

Fin d’année morose

Pas de fêtes de fin d’année pour la plu­part des 28 anciens tra­vailleurs sans papiers qui ont fait grève et main­tenu leur piquet pen­dant presque un an devant l’entreprise STN d’Aulnay. En effet, alors que le bar­num qu’ils occu­paient jour et nuit était enfin démonté le 1er octo­bre dernier après 352 jours d’occupation jour et nuit, les tra­vailleurs avaient reçus les pre­miers récépis­sés syn­onymes de droit au tra­vail et à une vie en plein jour. Pour­tant presque trois mois après cette date, la sit­u­a­tion est dev­enue bien plus dif­fi­cile. Si Pour 19 tra­vailleurs la sit­u­a­tion est encore à peu près nor­male, 4 n’ont jamais pu obtenir le pré­cieux sésame qui pour­tant avait été prévu par les accords. 5 autres tra­vailleurs qui pour­tant avaient reçus leur récépissé, se voient aussi refuser sans réelle expli­ca­tion leur renou­velle­ment au bout de trois mois (il leur a été dit que l’administration attendait “la déci­sion du min­istre”).

Retour à la clan­des­tinité ?

Mamadou Sidibé, le porte parole du mou­ve­ment d’Aulnay-sous-Bois, explique que La sit­u­a­tion est assez dif­férente selon les départe­ments aux­quels dépen­dent chaque tra­vailleur gréviste. L’évolution la plus prob­lé­ma­tique est à Paris où les récépis­sés ne sont pas renou­velés automa­tique­ment dans leur inté­gral­ité. Le porte parole explique aussi que cette sit­u­a­tion cause des dif­fi­cultés au sein des familles, empêchant tout pro­jet.

Selon Diambera, un autre mem­bre du col­lec­tif aulnaysien, la sit­u­a­tion pour­rait devenir cri­tique en jan­vier où nom­bre de récépis­sés doivent être renou­velés après 3 mois.

Appel à la sol­i­dar­ité

Aujourd’hui, les tra­vailleurs, qui ont accu­mulés beau­coup de dette durant leur année de grève, ont des dif­fi­cultés pour assurer la sol­i­dar­ité entre eux. Cer­tains, dont les papiers sont pré­caires, n’ont pas pu être réem­bauchés à temps plein et les qua­tre tra­vailleurs n’ayant reçu tou­jours aucun récépissé, sont tou­jours en grève et occu­pent le palais de l’immigration à Paris. Les tra­vailleurs font donc tou­jours appel à la générosité par l’envoi d’un chèque à l’Union Locale CGT, 19 rue Jacques Duc­los, avec la men­tion au dos “sou­tien à STN”.

STN: Probable victoire après 8 mois de grève

Voici un arti­cle pub­lié sur MonAulnay.com et qui m’a par­ti­c­ulière­ment touché:

Les 28 tra­vailleurs sans papier qui tien­nent jour et nuit le le piquet de grève devant l’entreprise STN à Aulnay-sous-Bois,savourent leur prob­a­ble vic­toire. Après plus de huit mois d’occupation inin­ter­rompue, la sit­u­a­tion a de bonnes chances d’évoluer dans le bon sens. Le mou­ve­ment d’Aulnay s’inscrit dans celui des 6000 tra­vailleurs sans papier qui occu­pent leur entre­prise depuis le 12 octo­bre dernier et qui s’est durci avec l’occupation jour et nuit des marches de l’opéra Bastille par des cen­taines de grévistes pen­dant trois semaines. Les négo­ci­a­tions de onze syn­di­cats et asso­ci­a­tions avec le min­istère de l’immigration vien­nent d’aboutir à l’accord suiv­ant:

  • Tous les grévistes auront une autori­sa­tion pro­vi­soire de tra­vail après la levée des piquets de grève.
  • Des critères nationaux et oppos­ables de régu­lar­i­sa­tion pour tous les tra­vailleurs sans papiers de France sont étab­lis (5 ans de présence, 12 fiches de paye) (dépêche AFP)

Une réu­nion aura lieu ce dimanche au siège de la CGT de Mon­treuil pour décider des suites à don­ner au mou­ve­ment. En atten­dant, les grévistes, qui ont quitté Bastille, con­tin­u­ent le mou­ve­ment sur leur piquet local, dont celui d’Aulnay-sous-Bois.

Même si les grévistes, qui sont tous promis à un CDI à STN, restent pru­dent tant qu’ils n’ont pas reçu leur autori­sa­tion pro­vi­soire de tra­vail, leurs yeux bril­lent face aux pro­jets qu’ils pour­rons enfin réaliser avec des papiers:

Pour tous, leur pri­or­ité numéro un est de revoir leur famille qu’ils ont laissé au pays. Cer­tains n’ont pas vu leurs enfants depuis plus de dix ans. Il fau­dra tenir encore quelques mois, le temps d’espérer obtenir une vraie autori­sa­tion de séjour et économiser l’argent du bil­let. Les grévistes se dis­ent aussi soulagés de ne plus avoir à se cacher et de pou­voir aller au tra­vail sans crain­dre l’arrestation. Tous ont le pro­jet de pou­voir louer leur pro­pre loge­ment. Cer­tains aspirent pou­voir faire des métiers mieux qual­i­fiés.

Nfaly, Diombera et Tra­ore (de gauche à droite) sur le piquet de grève du 124 route de Bondy

Pour Nfaly, Diombera et Tra­ore, avoir des papiers sig­ni­fie pour cha­cun, outre aller voir la famille, un pro­jet bien pré­cis:

  • Nfaly, veut bien sûr retourner voir ses enfants de 11 et 14 ans mais il espère aussi passer son per­mis de con­duire.
  • Tra­ore souhaite retra­vailler vite pour faire quelques économies. Il a le pro­jet de se marier.
  • Diombera a le pro­jet le plus icon­o­claste. Il n’a qu’un rêve en tête, celui d’aller vis­iter Mar­seille. C’est après une longue dis­cus­sion et après un grand éclat de rire, que l’on com­prend pourquoi. Diombera est en réal­ité fan du feuil­leton “Plus belle la vie” qui se déroule dans la cité phocéenne.

Mamadou Sidibe au milieu des per­son­nal­ités venues soutenir l’occupation des marches de l’opéra Bastille (image extraite du film de Luc Wouters)

Quand à Sidibé, le porte parole du mou­ve­ment, il souhaite ren­dre vis­ite à sa mère qu’il n’a pas vu depuis plus de dix ans, d’autant plus qu’il a perdu son père en 2007. Il ajoute que bien que la vic­toire soit proche, il faut rester vig­i­lant. Une autori­sa­tion tem­po­raire de tra­vail de trois mois est une sit­u­a­tion pré­caire. Les grévistes, qui n’ont pas touché de salaire plein depuis sep­tem­bre dernier font tou­jours appel à la sol­i­dar­ité finan­cière des aulnaysiens qu’ils appel­lent “leur sec­onde famille” tant ils sont émus de l’aide qu’ils ont obtenu jusque là et qui leur a per­mis de tenir aussi longtemps.

Diombera, quant à lui, rêve de faire une grande fête, notam­ment avec tous les aulnaysiens qui ont aidé le mou­ve­ment. Pour lui les 2000 places de la salle Scohy ne sont pas de trop.

Hervé Suaudeau