Réponse au questionnaire des libres penseurs de Seine-Saint-Denis adressé aux candidats

Voici la réponse que j’ai adressée à la fédération des Libres Penseurs de Seine-Saint-Denis suite au questionnaire qu’ils m’ont adressés en tant que candidat à la législative.

Avant de répondre à ce questionnaire passionnant, je souhaite définir ce que j’entends par laïcité. La laïcité est un modèle de tolérance très précieux. C’est l’inverse du choc des civilisations. C’est le principe de la séparation de la religion et de l’Etat qui doit garantir l’autonomie des citoyens dans leurs choix de croire ou de ne pas croire. Nos institutions républicaines, en étant imperméables à toute opinion religieuses garantissent ainsi le vivre ensemble et la liberté de choisir éventuellement un culte.

Voici donc les réponses aux questions.


Je suis clairement contre le Concordat en Alsace Moselle qui crée une inégalité entre les citoyens et qui est probablement inconstitutionnel. Par contre une abrogation pure et simple serait un très mauvais signal de tolérance et fragiliserait fortement notre modèle laïc par les tensions qu’elle susciterait. La laïcité, c’est refuser d’imposer une identité à un autre, et à ce titre je me vois difficilement imposer par la force cette sortie du concordat à l’Alsace Moselle. Je suis donc pour une autodétermination de ces régions après un grand débat, en espérant une sortie du Concordat. J’ai bon espoir que nous arriverons à convaincre nos concitoyens d’Alsace et Moselle que la sortie du concordat est un modèle bien plus juste car il préserve au mieux la liberté de culte.


Il ne me semble pas nécessaire d’abroger l’article L511-2 du Code de l’éducation (“Dans les collèges et les lycées, les élèves disposent, dans le respect du pluralisme et du principe de neutralité, de la liberté d’information et de la liberté d’expression.“). Sa formulation semble tout à fait garantir la liberté d’expression dans le cadre de la laïcité. Il est vrai que cet article à entraîné durant les années 1990 des vagues de recours pour tenter de faire autoriser des signes ostentatoires religieux portés par les élèves. Cependant, la loi du 15 mars 2004 a semble-t-il réglé le problème car les signes et les tenues sont désormais interdits lorsque leur port conduit immédiatement à faire reconnaître une appartenance religieuse.


Sur le principe je suis contre le financement d’une école privée par des moyens publics. Mais la situation en France est ancienne et abroger la loi Debré de 1959 raviverait une “guerre des écoles”. Là encore, l’application aveugle d’un principe, pourrait causer de grosses fractures à notre nation.
Alors que faire?

  • D’abord revenir sur tous les attaques législatives contre l’école publiques introduites lors de la mandature de Nicolas Sarkozy (Loi Carle, suppression asymétrique de postes…). Cela ne devrait pas être trop problématique.
  • Ensuite reconnaître la réalité d’une situation anormale: outre l’aspect religieux, l’école privée répond souvent à des lacunes de l’école publique. Les parents qui choisissent l’école privée ne le font pas toujours de gaieté de coeur et tentent ainsi de réparer certains défauts parfois rédhibitoires de leur école publique. Mais c’est au prix d’une inégalité entre ceux qui en ont les moyens et ceux qui n’en ont pas.
  • Faire progresser l’école publique pour la débarrasser de ses graves défauts qui broient parfois certains élèves. Il faut notamment mettre l’accent sur les conditions d’éducation, s’adapter plus finement aux cas particuliers et proposer plus de pédagogies alternatives.

C’est à la seule condition de l’avancement de ce dernier point que l’état pourra revenir petit à petit sur la loi Debré. Là encore, une mesure brutale serait le ferment de divisions très importantes au sein de notre république.


Oui. L’ajout d’une possibilité de donner un droit à disposer d’une salle pour organiser des obsèques civiles me parait une avancée tout à fait intéressante dans le cadre de l’égalité entre les citoyens.


J’ai la possibilité par mon travail, au CNRS dans un laboratoire de recherche biomédicale, de toucher de très près ce genre de question. La loi de bioéthique du 6 août 2004 modifiée par la loi du 7 juillet 2011 permet de faire des recherches à partir d’embryons surnuméraires conçus à partir de fécondation in-vitro que les parents décident de céder à la recherche. Cette autorisation peut paraître suffisante dans l’état actuel des connaissances. Mais à part cette condition, le principe de la recherche sur l’embryon reste bien interdit en France. Cela entraîne des difficultés insurmontables pour les équipes de recherches qui se voient le plus souvent refuser leur financements. Plus généralement la loi ne doit pas interdire le principe d’une recherche, et il est clair que nous sommes face à un texte répondant à un lobby religieux.
Il faut donc abroger cette loi qui sur le principe et les conséquences est désastreuse. Mais cela ne veut pas dire qu’il ne faille pas introduire de limites. Les équipes de recherches soumettent, comme la loi l’exige, leur protocoles aux comités d’éthique et il faut que le parlement révise régulièrement ces procédures, tout en ayant le soucis de garder la plus grande liberté possible pour les chercheurs.
Les éventuelles interdictions doivent par contre se concentrer sur les applications des recherches et pas sur les recherches elles-mêmes. J’attire l’attention que la technologie est souvent source de grands dangers dans d’autres domaines que la biologie dans lesquels il faudrait aussi faire des lois éthiques (physique avec le nucléaire, informatique avec le fichage, le vote électronique ou la biométrie…).


Le droit à mourir dans la dignité me parait un droit fondamental. Il faut donc réformer la loi Léonétti.


Je suis pour une réhabilitation publique et collective des 600 fusillés pour l’exemple de la Première Guerre mondiale. J’irai même plus loin, je souhaite que nous débaptisions les lieux attribués au généraux (comme le général Nivelle), qui ont été responsables des grandes offensives absurdes qui ont fait des centaines de milliers de morts et qui ont poussés ces centaines de fusillés (probablement plus) à avoir le courage de se mutiner. La patrie doit reconnaître ceux qui se sont opposés à la folie des hommes.