Le Japon n’a plus d’énergie nucléaire

Voici un texte du Réseau Sor­tir du Nucléaire qui a été dif­fusé pour l’appel au rassem­ble­ment du 5 mai dernier. Celui-ci mon­tre que la sor­tie du nucléaire au Japon est bien une réal­ité.

Plus aucune centrale nucléaire en activité au Japon : un exemple à méditer !

arti­cle du 4 mai 2012

À par­tir du 5 mai 2012 à 16 h (23 h au Japon), avec la fer­me­ture du réac­teur de Tomari (sur l’île d’Hokkaido), le Japon ne comptera plus aucune cen­trale nucléaire en activ­ité. Cet état est peut-être pro­vi­soire, mais l’archipel aura au moins apporté la démon­stra­tion qu’un pays indus­tri­al­isé peut tech­nique­ment se pass­er de cette énergie en un an et quelques mois.

Main­tenir un Japon sans nucléaire : le bras de fer entre le gou­verne­ment et les pop­u­la­tions

À la suite du trem­ble­ment de terre du 11 mars, plusieurs cen­trales nucléaires japon­ais­es ont été mis­es à l’arrêt ; tout au long de l’année, d’autres ont été arrêtées pour main­te­nance. La pop­u­la­tion et les autorités locales s’opposent à leur redé­mar­rage, car elles sont con­scientes du risque qui con­tin­ue de plan­er sur le Japon – un nou­veau séisme ravageur n’est pas à exclure dans les prochaines années, et la sit­u­a­tion à la cen­trale de Fukushi­ma Dai­ichi reste très préoc­cu­pante, bien loin de toute « reprise de con­trôle » con­traire­ment à ce que voudrait faire croire Tep­co, en par­ti­c­uli­er en ce qui con­cerne la piscine du réac­teur n°4 [1]. .

Avec l’arrêt de Tomari, le Japon pour­ra enfin dire au revoir au nucléaire… même si cet arrêt risque d’être pro­vi­soire. Déjà, le gou­verne­ment prévoit de remet­tre en fonc­tion­nement deux réac­teurs de la cen­trale d’Ohi, dans la pré­fec­ture de Fukui, bien que ceux-ci n’aient pas fait l’objet de travaux pour amélior­er leur sûreté. Le Pre­mier Min­istre espère pour cela obtenir l’approbation des autorités locales d’ici juil­let prochain. C’est sans compter sur l’opposition de la société civile japon­aise. Plusieurs mil­i­tants mènent actuelle­ment une grève de la faim devant la cen­trale d’Ohi et le Min­istère de l’Industrie pour que le Japon reste sans nucléaire ; par­mi eux, des moines, des femmes de Fukushi­ma, et des intel­lectuels comme le reporter indépen­dant Satoshi Kama­ta, un des ini­ti­a­teurs de la péti­tion inter­na­tionale « Adieu au nucléaire ».

Un Japon sans nucléaire, ça peut marcher !

Pour jus­ti­fi­er le redé­mar­rage des cen­trales, le gou­verne­ment et les opéra­teurs élec­triques pré­tex­tent une pénurie d’électricité immi­nente, les con­som­ma­tions les plus impor­tantes ayant lieu l’été. Selon le gou­verne­ment japon­ais, le déficit pour­rait attein­dre 9 % lors des pics de con­som­ma­tion d’électricité ; selon Kep­co (Kan­sai Elec­tric Pow­er, la société qui exploite la cen­trale d’Ohi), il pour­rait même avoisin­er les 16 % dans la région du Kan­sai. Cepen­dant, pour les asso­ci­a­tions, ces chiffres ne tien­nent pas compte des économies d’électricité réal­is­ables. Pour Aileen Mioko Smith, porte-parole de l’ONG Green Action Japan, les firmes sures­ti­ment la con­som­ma­tion esti­vale à venir et le Japon pour­rait pass­er l’été sans réac­teurs et sans pénurie, avec même un sup­plé­ment d’électricité de 3,5 % [2] !

Cette fer­me­ture défini­tive des réac­teurs pour­rait con­stituer le point de départ pour une poli­tique énergé­tique d’avenir pour le Japon. Ain­si, selon une étude récente de Green­peace, un Japon sans nucléaire en 2012 pour­rait d’ici 2020 pro­duire 43 % de son élec­tric­ité à par­tir des éner­gies renou­ve­lables, et réduire de 25 % ses émis­sions de gaz à effet de serre par rap­port à 1990, respec­tant ain­si ses objec­tifs inter­na­tionaux.

Le volon­tarisme et les économies d’énergie por­tent leurs fruits

Avant le 11 mars 2011, le nucléaire représen­tait 28 % de la pro­duc­tion d’électricité japon­aise. Pour faire face aux arrêts suc­ces­sifs des réac­teurs nucléaires pen­dant l’année écoulée, le Japon a certes recou­ru à des impor­ta­tions de com­bustibles fos­siles et à des délestages sélec­tifs [3] ; mais on peut aus­si soulign­er qu’une par­tie de l’effort a été réal­isé grâce aux économies d’énergie. Dès le print­emps 2011, des mesures volon­taristes ont été adop­tées, aboutis­sant à réalis­er 15 % d’économies d’électricité dans les entre­pris­es. Dans la vie de tous les jours, des mesures de sobriété ont été mis­es en œuvre, dont cer­taines rel­e­vaient du sim­ple bon sens : réduire en par­tie le (sur)éclairage pub­lic, réduire la cli­ma­ti­sa­tion et assou­plir les codes ves­ti­men­taires imposés aux salariés par leurs employeurs, arrêter cer­tains esca­la­tors et portes automa­tiques, sup­primer l’éclairage des dis­trib­u­teurs de bois­sons [4]… Grâce à toutes ces mesures, la pointe de con­som­ma­tion a bais­sé de près de 18 % sans désagré­ment majeur pour la pop­u­la­tion.

Comme nous le mon­tre le Japon, ain­si que d’autres exem­ples inter­na­tionaux [5], des mesures volon­taristes et sim­ples d’économies d’énergie pour sup­primer les con­som­ma­tions inutiles per­me­t­tent de réduire très rapi­de­ment la con­som­ma­tion d’électricité, et donc le nom­bre de réac­teurs nucléaires en activ­ité. Il serait bon que les futurs dirigeants français, qui ne prévoient au mieux que la fer­me­ture de Fes­sen­heim pour les 5 années à venir, tirent de l’exemple japon­ais les leçons qui s’imposent. N’attendons pas une cat­a­stro­phe nucléaire pour met­tre en œuvre ces mesures en France !

Le 5 mai, c’est égale­ment le jour de la Fête des Enfants au Japon ; à cette occa­sion, la tra­di­tion veut que l’on hisse des carpes en tis­su de toutes les couleurs dans les airs. Les mil­i­tants japon­ais appel­lent à hiss­er des carpes vertes, en signe d’adieu au nucléaire. À Paris, un rassem­ble­ment est prévu devant le Jardin d’Acclimatation à par­tir de 14 h.
Notes

[1] http://fukushima.greenaction-japan.org/2012/05/02/press-release-coalition-sends-urgent-request-for-un-intervention-to-stabilize-the-fukushima-unit-4-spent-nuclear-fuel/

[2] http://www.japantimes.co.jp/text/nn20120328a8.html

[3] Arrêt volon­taire et pro­vi­soire de l’approvisionnement de plusieurs gros con­som­ma­teurs, pour prévenir un black-out.

[4] Cf « “Set­su­den”, les mesures d’économie d’électricité au Japon » , arti­cle de Jan­nick Magne paru dans la revue “Sor­tir du nucléaire” n°52, print­emps 2012

[5] Citons l’exemple de la ville de Juneau (Alas­ka), 31 000 habi­tants, dont le réseau élec­trique avait été mis à mal par une avalanche en 2008. Grâce à une cam­pagne mas­sive d’incitation aux économies d’énergie, inti­t­ulée « Juneau Unplugged » (Juneau la débranchée), la con­som­ma­tion d’électricité y avait chuté de 40 % en quelques semaines. Ces gains et les bonnes habi­tudes acquis­es ont été pour une part sig­ni­fica­tive con­servées par la pop­u­la­tion une fois passée la sit­u­a­tion de crise. Exem­ple dévelop­pé dans Du gâchis à l’intelligence. Du bon usage de l’électricité, les Cahiers de Glob­al Chance n°27, p.74–75