L’affaire Siné rend fou et menace la liberté d’expression

Voici une affaire qui me chagrine depuis cet été car elle détourne l’énergie nécessaire pour combattre le véritable antisémitisme.

Une chronique « foirée »

Dans sa chronique de Charlie Hebdo datée du 2 juillet 2008, Siné a commis un texte(Chronique de Siné du 2 juillet 2008 dans Charlie Hebdo
« Jean Sarkozy, digne fils de son paternel et déjà conseiller général de l’UMP, est sorti presque sous les applaudissements de son procès en correctionnelle pour délit de fuite en scooter. Le Parquet a même demandé sa relaxe ! Il faut dire que le plaignant est arabe ! Ce n’est pas tout : il vient de déclarer vouloir se convertir au judaïsme avant d’épouser sa fiancée, juive, et héritière des fondateurs de Darty. Il fera du chemin dans la vie, ce petit ! « 
) pas drôle et « foiré » qui aurait pu rester inaperçu si 6 jours plus tard un journaliste du Nouvel Obs (Claude Askolovitch) ne l’avait pas qualifié d' »article antisémite dans un journal qui ne l’est pas« .

En réaction (lente), Philippe Val, le directeur de la publication de l’hebdomadaire satirique, renvoie Siné deux semaines après les faits. Parmi les nombreux griefs qui sont faits à Siné, lui est reproché la propagation de la fausse rumeur de la conversion de Jean Sarkozy au judaïsme. Or, cette information erronée est basée sur une déclaration dans le journal Libération de Patrick Gaubert, président de la Licra. Et c’est justement la Licra qui assigne Siné pour antisémitisme devant le tribunal correctionnel et dont l’audience est prévue le 27 et 28 janvier 2009. C’est à n’y rien comprendre !

Les deux camps s’affrontent

C’est à coup de déclarations, de tribunes pleine page dans les journaux que les deux camps s’affrontent avec une rare violence durant tout l’été.

Voici un état des forces en présence:
– Dans le camps de Val: SOS Racisme, la LICRA, Christine Albanel, Bertrand Delanoë, Robert Badinter, Elie Wiesel, Alexandre Adler, Elisabeth Badinter, Jean-Claude Gayssot, Claude Lanzmann, Bernard Henri-Lévy, Ariane Mnouchkine, Fred Vargas, Pascal Bruckner, Blandine Kriegel, Dominique Voynet…
– Dans le camps de Siné, parmi les 20 000 signatures de la pétition en ligne : Christophe Alévêque, Guy Bedos, Jacky Berroyer, Olivier Besancenot, Rony Brauman, Pierre Carles, collectif Droit au Logement, Régine Deforges, Benoit Delepine, Bruno Gaccio, Philippe Geluck, Jean-Luc Godard, Noël Godin, Alain Krivine, Jean Yves Lafesse, Bruno Masure, Daniel Mermet, Edgar Morin, Michel Onfray, Denis Robert, Sanseverino

Des acusations d’antisémitisme dans une chronique qui ne l’est pas

Au delà de vielles citations sorties du placard( Les manipulations autour de vielles citations
– Siné est accusé de s’être proclamé antisémite en 1982. Voici les propos qu’il a tenu sur la radio Carbon 14: « Je suis antisémite et je n’ai plus peur de l’avouer. Je vais faire dorénavant des croix gammées sur tous les murs. Je veux que chaque juif vive dans la peur, sauf s’il est propalestinien. Qu’ils meurent« . Ces propos, pour le moins provocants ont été sortis de leur contexte: Siné avait précisé que si chaque personne qui critique Israel est qualifié d’antisémite alors « Je suis antisémite depuis qu’Israël bombarde« . Il s’était excusé de ces propos au lendemain de l’émission prétextant qu’il était saoul.
– Le groupe d’extrème droite communautaire, la ligue de défense juive en appelle à Pierre Desproges qui aurait déjà accusé Siné d’antisémitisme. La nouvelle se répand dans certains journaux. Pourtant Pierre Desproges a utilisé ces propos uniquement par dérision dans l’émission « le tribunal des flagrants délires » en jouant le rôle d’un procureur le 13 décembre 1982 : « L’homme qui stagne aujourd’hui sur ce banc de l’infamie où le cul du gratin s’écrasa avant le sien, cet homme, mesdames et messieurs les jurés, ce morne quinquagénaire gorgé de vin rouge et boursouflé d’idées reçues, présente à nos yeux blasés qui en ont tant vu qu’ils sont devenus gris, la particularité singulière, bonjour les pléonasmes, d’être le seul gauchiste d’extrême droite de France. Xénophobe même avec les étrangers, rebonjour, masquant tant bien que mal un antisémitisme de garçon de bain poujadiste sous le masque ambigu de l’antisionisme propalestinien, misogyne jusqu’à souffler dans sa femme pour économiser sa poupée gonflable, pardon Catherine, plus primaire encore dans son anticommunisme que les asticots moscovites présentement occupés à bouffer Brejnev de l’intérieur, Siné, la baguette sous le bras, et le béret sur la tête comme un Guevara de gouttière va sa vie à petits pas, tel un super Dupont mou, plongeant mollement dans le fluide glacé de son troisième âge« . Clairement ici, le ton est à la dérision, et prétendre qu’il y a eu des accusations d’antisémitisme de Desproges envers Siné est grotesque.
), la chronique de Siné est maladroite mais certainement pas antisémite. Or, de nombreux intellectuels et responsables politiques ont cru bon crier tout de même à l’antisémitisme pour une affaire comme celle-ci. Paradoxalement, cette affaire est contre productive dans la lutte contre l’antisémitisme car elle discrédite les accusateurs qui auront moins de crédits pour combattre une véritable affaire d’antisémitisme.

Deuxièmement, cette affaire est symptomatique de notre société qui devient moins en moins tolérante face à la critique et la satire. Le même Charlie Hebdo qui avec raison avait été défendu pour avoir droit à caricaturer Mahomet, est maintenant vu comme un censeur. Afin que vous compreniez mieux la tendance actuelle, regardez donc les unes ci-dessous parues entre 1976 et 1978, qui aujourd’hui ne pourraient plus être possible (accrochez vous c’est un peu hard):



Siné doit être soutenu

Pour toutes ces raisons, j’ai signé la pétition « Soutenir Siné » et j’ai acheté le premier numéro de Siné Hebdo qui n’est bien évidemment pas antisémite.

Pour plus d’information, lisez l’excellent dossier de Arret Sur Images si vous avez la chance d’être abonné.