La dépollution du CMMP ne sera que partielle [MAJ]

Image du chantier de dépollution de 2006. On y voit les ouvriers sans presque aucune protection et la poussière sans doute chargée d'amiante s’envoler à l'air libre. Suite à notre intervention le chantier a été stoppé par l'inspection du travail.

La lutte pour une vraie dépollution de l’ancienne usine d’amiante d’Aulnay-sous-Bois est l’un des premier combat que j’ai embrassé localement. Le combat avait démarré bien avant que nombre d’entre nous s’y intéressions, au moment du décès de Pierre Léonard en 1996 tué par un cancer de l’amiante au seul motif qu’il avait fréquenté l’école maternelle attenante dans les années 50.

J’avais promis à Nicole Voide, la sœur de Pierre Léonard, qui avec son mari ferraillent sans relâche pour défendre les victimes, que je ferais tout pour que le site – une fois dépollué – porte le nom de son frère.  C’était une manière de lui dire que son frère n’était pas mort pour rien. Aujourd’hui, il faut y renoncer, car il n’est pas question de laisser le nom de la première victime reconnue à un lieu qui pourrait être potentiellement mortel pour les générations futures. Même si les bâtiments ont été déconstruits avec des conditions tout à fait satisfaisantes, la dépollution ne sera que partielle et de l’amiante restera enfouie dans le sous-sol.

La municipalité apporte trois objections à ceux qui comme les écologistes ou le conseiller municipal Maurice Allouch, regrettent que le chantier n’aille pas jusqu’au bout:

  • Cette dépollution complète coûterait excessivement cher. Je leur réponds que je préfère laisser une dette financière à mes petits enfants qu’un tel « cadeau » avec ce potentiel de mort.
  • La mairie explique encore, que le terrain sera signalé dans les documents d’urbanisme. Il serait bien naïf de croire que cela sera suffisant pour empêcher l’oubli ou la volonté de cacher la vérité. En effet, Gérard et Nicole Voide expliquent que la mairie leur avait menti en 1996 sur la nature du site du CMMP. « La Mairie, qui possède pourtant un dossier sans équivoque, noie le poisson [et explique que le CMMP] fabriquait du silice et de l’oxyde de fer » (lire sur le site de Ban Asbestos). Un tel oubli ou nouveau mensonge serait donc devenu impossible pour les générations futures?
  • Le retard au retour dans ses murs de l’école aurait été « inexplicable » aux parents. C’est selon moi une manière bien irresponsable de faire de la politique : ne pas prendre une décision nécessaire car elle serait difficile. De plus qui dit que les parents seraient aussi égoïstes par rapport aux générations futures? Je fais le pari du contraire et pense que la politique c’est l’art de convaincre et pas celui  de suivre.

Si d’aventure on décidait dans quelques dizaine d’années de creuser des fondations sans prendre de précautions, de la poussière brassée par les travaux pourrait jaillir et la liste des victimes pourrait s’allonger.

La dépollution partielle est pour moi une terrible capitulation, et il n’est donc pas question de dédier ce site à la mémoire des victimes tant qu’il portera encore ce potentiel de mort.

Vous trouverez tous les détails de l’état du chantier et la position des associations dans le communiqué du Collectif des Riverains et Victimes du CMMP d’Aulnay-Sous-Bois.

L’article a été mis à jour le 19/04/12 à 16h: Une troisième objection a été rajoutée.