Aujourd’hui 1er février 2009 : fin de l’anonymat dans les transports parisiens

Depuis aujourd’hui, 1er février 2009, la Carte Orange n’est plus en vente. Cette carte, introduite en 1975, permettait d’éviter d’utiliser jusqu’à cinq tickets différents pour se déplacer au travers de l’Île-de-France. Avec l’essor de l’automobile à la fin des années 60, les autorités envisageaient même de supprimer les bus parisiens mais l’arrivée de la Carte Orange a peut-être été déterminante pour leur survie. En effet, à peine un an après son introduction, la Carte Orange a permis d’augmenter la fréquentation des bus de 40%.

Aujourd’hui, la carte orange est remplacée par le passe « Navigo », constitué d’une carte RFID (puce électronique d’identification à distance par le biais d’une antenne radio intégrée). À chaque barrières mécanique, la trace du passage de l’usager est enregistrée dans les ordinateurs de la RATP. C’est « bien pratique » mais les données personnelles sont tout de même collectées..

Or le 6 janvier; la CNIL dans un communiqué, estime que « l’exercice du droit des usagers à se déplacer anonymement n’est pas garanti » par le nouveau système d’abonnement mis en place par la RATP. En effet, la régie parisienne a désormais les moyens de ficher tous les déplacements des franciliens, et collecte des données qu’elle dit rendre anonyme au bout de 48h, afin notamment de de « lutter contre la fraude », mais aussi pour pouvoir se constituer potentiellement un fichier commercial qui suscite de gros appétits.

À force de bataille, la CNIL avait obtenu que la RATP fournisse un abonnement anonyme: le passe « Navigo découverte ». Cet abonnement, contrairement à sa version nominative, est facturé 5 euros et n’est pas disponible pour tous (notamment ceux qui ont droit à la tarification sociale). Pour couronner le tout le passe « Navigo découverte », est, selon la CNIL, distribué dans des conditions « particulièrement médiocres et dissuasives », et il est souvent difficile de l’obtenir aux guichets.

La CNIL, même si elle affirme que le droit de se déplacer anonymement est un « droit constitutionnel », n’a aujourd’hui pas d’autres moyens, que de pousser qu’un cri d’indignation isolé, cri vite ignoré par la RATP, car le passe « Navigo » est finalement « bien pratique ». La polémique prenant de l’ampleur, le ministre Hervé Morin, a tout de même suggéré à la RATP le 21 janvier dernier que soit mis en place un seul et unique passe « Navigo anonyme et gratuit ». Or dans le climat de tension entre la région dirigée par la gauche et l’État, le geste du ministre a toutes les chances d’être ignoré par l’autorité chargée de la gestion des transports d’Ile-de-France (STIF).

En pratique, les personnes motivées pour recouvrer leur « droit constitutionnel » à se déplacer anonymement doivent faire les deux étapes suivantes :
– Demander un passe « Navigo découverte » (qui a dit que vous deviez fournir votre vrai nom ?)
– Demander à la RATP d’effacer toutes ses données personnelles de ses ordinateurs.

La dématérialisation des procédures s’accélérant en rendant, il est vrai, fort pratique de nombreuses démarches, cette problématique de garantie des libertés individuelles a de beaux jours devant elle.

Article publié sur le site MonAulnay.com.